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Conseil Éco Numérique

Obsolescence programmée : le délit, les mises à jour et vos recours

Smartphone ouvert sur un établi pendant une réparation

L’obsolescence programmée est le fait, pour un fabricant, de réduire délibérément la durée de vie d’un produit afin d’en accélérer le remplacement. En France, c’est un délit depuis 2015. Mais la plupart des pannes précoces relèvent d’autres règles, plus simples à faire jouer.

Une définition inscrite dans la loi depuis 2015

La loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte a donné une définition juridique à une notion longtemps restée militante. Son article 99 désigne l’obsolescence programmée comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ». Le mot qui compte est « délibérément » : une conception fragile ou un composant bon marché ne suffisent pas, il faut une intention. Les moyens de faire durer un appareil relèvent, eux, de la réparation et du reconditionné.

Le ministère de la Transition écologique rappelle sur sa page consacrée à la durée de vie des produits qu’un appareil peut devenir obsolète sans que rien n’ait été programmé. Il distingue l’obsolescence dite fonctionnelle, quand le produit ne répond plus aux usages techniques, réglementaires ou économiques attendus (un accessoire incompatible avec les nouveaux équipements, par exemple), et l’obsolescence d’évolution, quand c’est l’envie du consommateur qui change. Ces deux formes pèsent lourd dans le renouvellement des écrans, et c’est sur elles que chacun garde la main, en choisissant des produits réparables et en les entretenant.

Ce que risque un fabricant reconnu coupable

Le délit d’obsolescence programmée est puni de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Le montant de l’amende peut être porté à 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel de l’entreprise, ce qui change l’échelle de la sanction pour un grand groupe. Ces peines sont rappelées par le ministère de la Transition écologique.

Dans les faits, la voie pénale reste exceptionnelle pour un particulier. Il faut démontrer qu’un fabricant a conçu son produit dans le but de le rendre inutilisable plus tôt, ce qui suppose des expertises techniques et un accès à des documents internes. Pour l’acheteur d’un téléphone qui s’éteint au bout de dix-huit mois, la garantie légale est presque toujours le chemin le plus court.

L’obsolescence logicielle, le cas des mises à jour

Un appareil en parfait état peut devenir inutilisable parce qu’un logiciel cesse de fonctionner. Le ministère définit l’obsolescence logicielle comme une dépréciation du bien avant son usure matérielle, causée par l’indisponibilité ou le dysfonctionnement d’un logiciel : une application bancaire qui n’accepte plus une ancienne version du système, une mise à jour qui ralentit fortement un téléphone, un service en ligne arrêté dont dépendait un objet connecté.

La loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, dite loi AGEC, a introduit des dispositions pour limiter ces situations. Côté recours, la garantie légale de conformité couvre aussi les éléments numériques : selon service-public.fr, pour les contenus ou services numériques fournis avec des mises à jour, la garantie s’applique jusqu’à la fin de la fourniture des mises à jour prévue par le contrat. Une mise à jour qui rend l’appareil défaillant pendant cette période peut donc être traitée comme un défaut de conformité.

Avant d’installer une mise à jour majeure sur un appareil ancien, une sauvegarde complète évite de perdre ses données si le retour en arrière se révèle impossible. Les gestes qui prolongent un téléphone au quotidien sont réunis dans notre article sur la durée de vie d’un smartphone.

Panne précoce : la garantie légale avant tout

La garantie légale de conformité dure deux ans à partir de la délivrance du bien, qu’il soit neuf, reconditionné ou d’occasion. Elle est due par le vendeur, pas par le fabricant, et elle est gratuite : la mention « garanti 2 ans » sur un produit désigne cette garantie légale, pas un avantage commercial.

Le point décisif est la présomption. Un défaut qui apparaît dans les 24 mois suivant la délivrance d’un bien neuf ou reconditionné est présumé exister dès l’achat, et c’est au vendeur de prouver le contraire. Pour un bien d’occasion, ce délai de présomption est de 12 mois. Concrètement, une batterie qui ne tient plus la charge au bout d’un an n’a pas à être expliquée par l’acheteur.

Vous choisissez entre la réparation et le remplacement, qui doivent intervenir dans les 30 jours suivant la demande. Si le vendeur impose un remplacement alors que vous aviez demandé la réparation, la garantie repart pour deux ans à compter du remplacement. Quand ni l’un ni l’autre n’est possible, vous pouvez obtenir une réduction du prix ou le remboursement en rendant le produit. Le détail figure sur la fiche de service-public.fr sur la garantie légale de conformité.

Les étapes d’un recours, de la demande écrite au signalement

Un recours commence par une demande écrite au vendeur, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception ou par un canal qui laisse une trace datée. Elle rappelle la date d’achat, décrit le défaut et indique le choix entre réparation et remplacement. Joindre la facture et des photos ou une vidéo du dysfonctionnement épargne des échanges inutiles.

SituationDémarche adaptéeInterlocuteur
Panne dans les deux ansGarantie légale de conformitéLe vendeur
Vendeur qui ne répond pas ou refuseSignalement en ligne, puis médiationSignalConso, médiateur de la consommation
Défaut caché qui rend l’appareil impropre à son usageGarantie des vices cachésLe vendeur
Soupçon de pratique délibéréeSignalement à l’administration, action d’associationRépression des fraudes, associations de consommateurs

Si le vendeur ne répond pas, le service public SignalConso permet de signaler le problème ou de demander un conseil à la répression des fraudes. Si le litige persiste, il peut être soumis à un médiateur de la consommation ou à un conciliateur, avant toute action en justice.

Repérer un produit conçu pour durer avant l’achat

La meilleure parade reste en amont. L’indice de réparabilité, affiché en magasin et en ligne pour plusieurs familles d’appareils, renseigne sur la facilité de démontage, la disponibilité des pièces détachées et leur prix. Pour les téléviseurs et les lave-linge, il a laissé place en 2025 à un indice de durabilité.

Trois questions à poser au vendeur complètent cette note : pendant combien de temps les pièces détachées seront-elles disponibles, combien d’années de mises à jour du système sont prévues, et la batterie se remplace-t-elle sans outil spécial ? Un appareil un peu plus cher qui répond clairement à ces trois points coûte souvent moins cher à l’année qu’un modèle d’entrée de gamme remplacé deux fois plus vite.

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